Deux excellents essais chez La lampe-tempête, suite à l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Élysée.
Ce que résister veut dire – Le peuple souverain s’est prononcé : après une campagne longue et intense, dans une participation massive et à une majorité indiscutable, il a choisi, avec Nicolas Sarkozy, le candidat de la « liquidation » des héritages et des idéaux de l’humanisme social. [...]
Menacée dans les fondements même de son existence par l’avènement planétaire d’une société de marché négatrice de toute valeur autre que mesurable en monnaie, sommée d’accepter les règles d’une compétition sans merci pour la survie économique dans un contexte de rétrécissement dramatique des ressources de la planète, une majorité du peuple de ce pays s’est donnée à celui qui, au nom de l’« efficacité », a choisi d’incarner la trahison de ses idéaux collectifs. Pis que cela, celui qui a érigé la trahison en idéal, ascèse collective vers une « vérité » retrouvée de la nation, enfin débarrassée de l’angoisse de la responsabilité morale et du souci d’autrui.
Ce pays de passion politique ne fait jamais rien à demi. C’est les yeux grands ouverts que la France majoritaire a choisi l’aveuglement ; c’est libre et consciente qu’elle a choisi l’aliénation, le reniement, la soumission. Rencontre d’une névrose individuelle et d’une névrose collective, dans la production d’une énergie morale désespérée et autodestructrice. Que faire, que dire face à un tel désastre ? – Texte complet
Dans leur second essai, les auteurs s’avèrent plus sombres et fatidiques face à la trahison de ces « intellectuels de gauche » (Attali, Kouchner, Strauss-Kahn, entre autres), tous désormais assimilés au néolibéralisme incarné par le nouveau gouvernement de Sarkozy:
Comme s’il n’y avait plus rien à défendre, plus personne à représenter qui vaille de contraindre son égoïsme élitaire. Plus de tiers-état, plus de classe ouvrière, plus de damnés de la terre. Seulement des élans humanitaires, des affects collectifs, des indignations conjoncturelles. Bref, des passions courtisanes. Et si l’on peut penser que la faillite des « intellectuels de gauche » n’est que la révélation d’une imposture ancienne, on aurait tort de s’en réjouir au nom d’un puritanisme éthique : il est inquiétant pour le corps civique, notamment dans un pays acculturé à la prééminence morale de la fonction publique et des titres universitaires, que ses clercs, à qui personne ne demande d’être des héros – seulement des acteurs responsables – montrent aussi peu de consistance et soient les premiers à être emportés par le courant.
Lorsque, demain ou après-demain, une nouvelle crise frappera l’économie européenne ; lorsque les exclus de l’ordre social post-fordiste cesseront de brûler leur propres voitures ; lorsque le terrorisme frappera sur les lieux de notre vie quotidienne et attisera la haine de l’autre ; lorsque la restriction des ressources mondiales aura provoqué un nouvel embrasement guerrier : qui restera pour parler la langue ancienne de la raison, de la mesure, de l’humanité ? Qui aura encore assez de légitimité morale ou de capacité de représentation pour dénoncer l’inanité des logiques de purification eugénique et policière et la brutalité de la lutte pour la survie des systèmes sociopolitiques dans l’ère de la pénurie ? – Texte complet






