Dans un texte* sur les problèmes que vit la Côte d'Ivoire, Tiburce Koffi écrit ceci : « Malgré les déclarations qui fusent ici et là, notre pays s'avance vers le gouffre : et le silence de plus en plus persistant de nos grands Maîtres de la pensée est indicateur de la tragédie qui point – ce fut, récemment, le cas au Rwanda. C'est connu : dans l'histoire des tragédies, le silence des Maîtres avant la catastrophe a toujours été comparé à la fuite des souris et des cafards sur un bateau… ». Un bateau qui coule, présumément.
La question du silence des maîtres est reprise dans le numéro de mai du Monde diplomatique. En guise d'introduction à ce dossier important, on y lit ce qui suit :
Dans la récente révolte, en France, contre le contrat première embauche (CPE), l’enthousiasme et la vivacité de la rue ont contrasté, une fois encore, avec le consternant silence des intellectuels. Cela avait déjà été le cas, en novembre 2005, à l’occasion des émeutes des banlieues. A de rares exceptions près (Jean Baudrillard, John Berger), au milieu d’une profusion de bavardages, peu de voix ont su lire ces événements, en dévoiler la signification profonde et les projeter en actions futures. La société s’est retrouvée comme orpheline d’une interprétation pertinente et mobilisatrice, au risque d’ignorer ses propres symptômes et d’être condamnée à revivre de nouvelles crises.
Un intellectuel est un homme ou une femme qui use de sa célébrité, acquise dans le domaine des sciences, des arts ou de la culture, pour mobiliser l’opinion publique en faveur d’idées qu’il considère justes. Depuis deux siècles, dans les Etats modernes, sa fonction consiste, de surcroît, à donner du sens aux mouvements des sociétés, à éclairer la voie menant à plus de liberté et à moins d’aliénation.
À l’occasion des deux événements cités plus haut, nous avons pu vérifier combien nous ont manqué les analyses de Pierre Bourdieu, Cornelius Castoriadis ou Jacques Derrida, pour ne citer que des intellectuels récemment décédés. Un tel constat de carence nous a conduits à concevoir un grand dossier sur la guerre des idées aujourd’hui. Afin de tenter de répondre aux questions que beaucoup se posent : y a-t-il encore des intellectuels qui font référence? Comment l’explosion médiatique a-t-elle bouleversé leur magistère? Pourquoi, à la haine typiquement fasciste (cf. Goebbels) de l’ intellectuel ou à l’aversion que lui voue la droite américaine, se juxtapose une sorte d’autodestruction par excès d’exhibition (cf. Bernard-Henri Lévy)? Sans oublier une interrogation centrale sur la manière dont désormais, dans l’édition et à l’université, les intérêts privés enrôlent des penseurs prestigieux. Pour mener à leurs côtés la bataille des idées. »
Malheureusement, ces textes ne sont pas disponibles gratuitement à l'Internet. On peut avoir plus de renseignements ici
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* Source












January 2, 2007 at 8:22 pm
the radar bell will arm or alarm when you say that!
February 27, 2009 at 3:46 pm
Matière à profonde réflexion. Merci de publier le thème. J’avais senti quelque chose du genre. Il est certain qu’il se passe présentement bien des choses terribles et fondamentales. Et qu’il existe un avilissement de l’esprit. Le néo-conservatisme, le néo-libéralisme, ont sali tout ce qu’ils on touché – et se sont salis tout ceux qui s’y sont frotté ou ont flirté avec, d’une manière ou d’une autre. Les masses devront peut-être retrouver cet instinct démocratique tribal que le modernisme a systématiquement détruit au cours des derniers siècles. Et ça, quel “maître” peut le “ré-enseigner”? Ils sont tous post-tribals, post-démocratiques (quand les Européens ont débarqué en Amérique, ils ne savaient rien de la démocratie et de la liberté – et ils abordaient des terres, essentiellement au Nord du Rio Grande, où la démocratie et la liberté se pratiquaient naturellement depuis peut-être des milliers d’années; nos “démocraties” n’en sont pas vraiment). (Ce commentaire vient d’Amérique du Nord. Avec mes meilleures pensées.)